Incendie de forêt : ce que votre assurance couvre vraiment

Une maison brûlée dans un feu de forêt n'est pas indemnisée au titre des catastrophes naturelles. C'est le premier contresens à lever, et il en cache un second, plus coûteux : depuis 2023, votre assureur peut appliquer une franchise supplémentaire de 5 000 € si vous n'avez pas débroussaillé.

Mis à jour le 23 août 2026 - Sources : Code des assurances (articles L113-2, L121-5, L122-1 à L122-8), Code forestier, Caisse centrale de réassurance, Géorisques

Sommaire
  1. Le contresens du « catastrophe naturelle »
  2. Ce que couvre réellement la garantie incendie
  3. La franchise de 5 000 € liée au débroussaillement
  4. Valeur à neuf, vétusté : ce que vous toucherez
  5. Le piège silencieux de la sous-assurance
  6. Déclarer le sinistre : délais et pièges
  7. Locataire, propriétaire, copropriété
  8. Ce qu'il faut faire avant la saison
  9. Questions fréquentes

Le contresens du « catastrophe naturelle »

Quand un incendie ravage plusieurs milliers d'hectares et détruit des maisons, le réflexe est d'attendre un arrêté de catastrophe naturelle. Il ne viendra pas, et ce n'est pas un oubli de l'administration.

Le régime dit CatNat couvre les dommages matériels directs non assurables causés par l'intensité anormale d'un agent naturel : inondation, coulée de boue, sécheresse, séisme. Sa logique est de prendre en charge ce que le marché de l'assurance ne sait pas garantir. Or l'incendie, lui, est assurable depuis toujours, et il est couvert par une garantie que vous possédez déjà.

Ce qui relève de quoi

Les feux de forêt et de végétation sont expressément exclus du régime des catastrophes naturelles, au même titre que les vents violents inférieurs à la force d'un cyclone, la grêle et le poids de la neige. Ces derniers relèvent de la garantie tempête, obligatoirement incluse. Le feu, lui, relève de la garantie incendie.

La bonne nouvelle est que cette distinction ne vous pénalise pas, au contraire. Attendre un arrêté préfectoral puis un arrêté interministériel publié au Journal officiel prend des semaines. La garantie incendie, elle, se déclenche dès la déclaration du sinistre, sans attendre aucune décision administrative.

Ce que couvre réellement la garantie incendie

La garantie incendie est présente dans toutes les multirisques habitation. L'article L122-1 du Code des assurances définit ce dont l'assureur répond : « tous dommages causés par conflagration, embrasement ou simple combustion ».

Deux articles voisins en fixent les contours, et le second est souvent ignoré :

La limite du texte

L'assureur ne répond pas des dommages causés par la seule action de la chaleur ou par le contact direct du feu sans qu'il y ait eu combustion, sauf si le contrat le prévoit. En pratique, un revêtement déformé par le rayonnement d'un front passé à distance peut donc ne pas être indemnisé au même titre qu'un mur calciné. C'est un point à vérifier dans vos conditions particulières.

La franchise de 5 000 € liée au débroussaillement

C'est le point le plus important de cette page, et le moins connu. L'article L122-8 du Code des assurances autorise l'assureur, lorsque le sinistre résulte d'un incendie de forêt et que l'assuré n'a pas respecté ses obligations au titre du Code forestier, à appliquer une franchise supplémentaire d'un montant maximum de 5 000 €, qui s'ajoute aux franchises déjà prévues au contrat.

Les obligations visées sont énumérées par le texte : elles renvoient notamment aux articles L131-4, L131-8, L131-12, L131-14 à L131-18, L134-4 à L134-12, L135-2, L162-2 et L163-4 à L163-6 du Code forestier, c'est-à-dire pour l'essentiel aux obligations légales de débroussaillement.

Ce que cela change concrètement

Le débroussaillement n'est plus seulement une obligation dont le non-respect expose à une amende. C'est désormais une condition qui pèse directement sur votre indemnisation, au moment précis où vous en avez le plus besoin. Cinq mille euros de franchise supplémentaire, sur un sinistre où vous devez déjà avancer des frais de relogement, ne se compensent pas.

Et la charge de la preuve joue contre l'imprudent : c'est l'état constaté du terrain après le sinistre qui parlera. D'où l'intérêt de conserver photos datées, factures d'entreprise et courriers échangés avec les voisins.

Valeur à neuf, vétusté : ce que vous toucherez

L'assurance de dommages est indemnitaire : elle répare une perte, elle n'enrichit pas. De ce principe découle toute la mécanique de l'indemnisation, et notamment la vétusté.

Notion Ce qu'elle recouvre
Valeur de reconstruction Ce que coûte la remise en état à l'identique, aux prix du jour.
Vétusté Dépréciation due à l'âge et à l'usage, déduite de l'indemnité initiale.
Garantie valeur à neuf Option très fréquente qui rembourse tout ou partie de la vétusté, presque toujours sous condition de reconstruction effective et dans un délai contractuel, souvent deux ans.
Contenu Mobilier, électroménager, vêtements, informatique. Souvent plafonné globalement, avec des sous-plafonds par catégorie et pour les objets de valeur.
Extérieurs Clôtures, portail, abri de jardin, piscine, panneaux photovoltaïques, arbres et plantations : la couverture varie fortement d'un contrat à l'autre, et les arbres sont fréquemment exclus ou très limités.

La garantie valeur à neuf est celle qui fait la différence entre reconstruire et devoir compléter de sa poche. Vérifiez sa présence, son plafond et surtout le délai imposé pour reconstruire : après un feu de grande ampleur, les entreprises du secteur sont saturées et les délais s'allongent. Un délai contractuel trop court peut faire perdre le bénéfice de la garantie sans qu'on y soit pour rien.

Le piège silencieux de la sous-assurance

L'article L121-5 du Code des assurances pose une règle simple et redoutable : si la valeur de la chose assurée dépasse, au jour du sinistre, la somme garantie, l'assuré est réputé rester son propre assureur pour l'excédent. Il supporte donc une part proportionnelle du dommage.

C'est la règle proportionnelle de capitaux. Elle ne se déclenche pas pour un écart marginal, mais elle s'applique mécaniquement dès que la déclaration est significativement en dessous de la réalité. Un exemple rend la chose concrète : un bien assuré pour 200 000 € alors qu'il en vaut 300 000 € est couvert aux deux tiers. Sur un sinistre partiel de 60 000 €, l'indemnité sera calculée sur ces deux tiers, soit 40 000 €, avant application des franchises.

Le piège est qu'une sous-assurance ne se remarque jamais avant le sinistre. Elle s'installe seule, par simple écoulement du temps : travaux d'agrandissement non déclarés, véranda ajoutée, cuisine refaite, hausse générale du coût de la construction. Le contrat, lui, n'a pas bougé.

Déclarer le sinistre : délais et pièges

L'article L113-2 du Code des assurances impose de donner avis à l'assureur dès que vous en avez connaissance, dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés.

Une nuance qui compte

La déchéance de garantie pour déclaration tardive n'est pas automatique. Quand le contrat la prévoit, elle n'est opposable à l'assuré que si l'assureur établit que le retard lui a causé un préjudice. Elle ne peut jamais être opposée lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de force majeure - ce qui est précisément la situation d'une personne évacuée, hébergée ailleurs et privée de ses papiers.

Cela ne dispense de rien : déclarez le plus vite possible. Mais si vous découvrez que le délai est dépassé, la partie n'est pas perdue pour autant.

Ce que la déclaration doit contenir, et ce qu'il faut réunir en parallèle :

Un expert sera mandaté par l'assureur pour évaluer les dommages. Vous pouvez, à vos frais, faire appel à un expert d'assuré pour vous représenter ; certains contrats prennent en charge tout ou partie de ses honoraires au titre d'une garantie « honoraires d'expert ». En cas de désaccord persistant, une tierce expertise puis la saisine du médiateur de l'assurance sont possibles avant toute action judiciaire.

L'ordre dans lequel mener les démarches après le sinistre, de la sécurité au retour jusqu'aux aides publiques, est détaillé dans le guide sur les démarches après un incendie.

Locataire, propriétaire, copropriété

Situation Qui assure quoi
Locataire Il doit répondre de l'incendie du bien loué et s'assurer pour les risques locatifs. Son contrat couvre son mobilier et sa responsabilité ; le bâtiment relève de l'assurance du propriétaire.
Propriétaire bailleur Il assure le bâtiment. Une garantie perte de loyers existe dans la plupart des contrats et prend son sens quand le logement devient inhabitable pendant des mois.
Copropriété L'assurance du syndicat couvre les parties communes, celle du copropriétaire les parties privatives et le mobilier. La frontière entre les deux est fixée par le règlement de copropriété.

Dans tous les cas, la responsabilité civile reste une question distincte de l'indemnisation de vos propres biens. Si le feu part de chez vous et se propage, c'est elle qui sera mobilisée, et les montants en jeu n'ont rien de comparable : ils incluent les dommages causés aux tiers et, le cas échéant, le coût des opérations de secours. Le sujet est traité dans le guide sur les causes de départs de feu.

Ce qu'il faut faire avant la saison

Tout ce qui suit se fait en une soirée, une fois par an, et détermine une grande partie de ce que vous toucherez.

Questions fréquentes

Un incendie de forêt est-il reconnu comme catastrophe naturelle ?

Non. Les feux de forêt et de végétation sont expressément exclus du régime des catastrophes naturelles, qui ne couvre que les dommages non assurables causés par l'intensité anormale d'un agent naturel. L'incendie étant assurable, il relève de la garantie incendie de votre multirisque habitation. C'est plutôt une bonne nouvelle : cette garantie se déclenche sans attendre la publication d'un arrêté au Journal officiel.

Mon assurance peut-elle réduire l'indemnisation si je n'ai pas débroussaillé ?

Oui. L'article L122-8 du Code des assurances permet à l'assureur d'appliquer une franchise supplémentaire allant jusqu'à 5 000 € lorsque le sinistre résulte d'un incendie de forêt et que les obligations du Code forestier n'ont pas été respectées. Elle s'ajoute aux franchises déjà prévues au contrat. Conservez photos datées et factures de débroussaillement : c'est l'état constaté du terrain qui déterminera son application.

Les dégâts causés par les pompiers sont-ils indemnisés ?

Oui. L'article L122-3 du Code des assurances prévoit que les dommages matériels résultant des mesures de secours et de sauvetage relèvent de la garantie incendie. La porte enfoncée, la toiture éventée ou le mobilier détruit par l'eau d'extinction sont couverts au même titre que les dommages du feu lui-même.

Combien de temps ai-je pour déclarer le sinistre ?

Le délai est fixé par votre contrat et ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés à compter du moment où vous avez connaissance du sinistre (article L113-2). Si le délai est dépassé, tout n'est pas perdu : la déchéance n'est opposable que si l'assureur prouve que le retard lui a causé un préjudice, et jamais lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de force majeure.

Qu'est-ce que la règle proportionnelle, et comment l'éviter ?

Si la valeur réelle de votre bien dépasse la somme garantie au jour du sinistre, vous êtes réputé rester votre propre assureur pour la différence et supportez une part proportionnelle du dommage (article L121-5). Un bien assuré pour 200 000 € mais qui en vaut 300 000 € n'est couvert qu'aux deux tiers. Le remède est de réactualiser la valeur déclarée après chaque travaux d'agrandissement ou de rénovation.

Mes arbres et mon jardin brûlés sont-ils couverts ?

Cela dépend entièrement du contrat, et c'est l'un des postes les plus variables. Clôtures, portail et abri de jardin sont fréquemment couverts, souvent avec un plafond. Les arbres et plantations sont en revanche régulièrement exclus ou limités à un montant symbolique. Lisez la rubrique « dépendances et aménagements extérieurs » de vos conditions particulières.

Que se passe-t-il si le feu part de chez moi ?

C'est votre responsabilité civile qui est engagée, et non plus seulement l'indemnisation de vos propres biens. Les montants n'ont rien de comparable puisqu'ils incluent les dommages causés aux tiers et, selon les circonstances, le coût des opérations de secours. En cas d'imprudence caractérisée, une mise en cause pénale pour incendie involontaire peut s'y ajouter.

Faut-il faire appel à un expert d'assuré ?

C'est utile sur les sinistres importants ou complexes, où l'écart d'évaluation dépasse largement ses honoraires. Vérifiez d'abord si votre contrat comporte une garantie « honoraires d'expert » qui les prend en charge. En cas de désaccord persistant avec l'expert de l'assureur, une tierce expertise puis la saisine du médiateur de l'assurance sont possibles avant toute action en justice.


Pour aller plus loin

Cette page a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique. Seules vos conditions particulières font foi pour ce qui concerne votre contrat : plafonds, franchises, exclusions et délais y sont fixés au cas par cas.

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