Le kit d'urgence : quoi mettre dedans, et pourquoi
La plupart des listes de « sac d'évacuation » que l'on trouve en ligne préparent au mauvais scénario. Face à un feu de forêt, la consigne officielle est de rester à l'abri : le kit dont vous aurez besoin est d'abord un kit de confinement, et le sac ne sert que si les autorités ordonnent de partir.
Deux kits, pas un
La distinction est la clé de toute cette page, et elle découle directement de la doctrine française : on n'évacue que sur ordre des autorités, et le reste du temps un bâtiment en dur est un abri. Le détail de cette logique est expliqué dans le guide sur ce qu'il faut faire quand un feu approche.
| Kit de confinement | Sac prêt à partir | |
|---|---|---|
| Quand | Le cas le plus fréquent, et de loin. | Uniquement sur consigne officielle. |
| Où | Reste chez vous, accessible sans monter à la cave ni au grenier. | Près de la sortie, transportable d'une main. |
| Logique | Tenir plusieurs heures sans eau, sans électricité et sans sortir. | Partir en deux minutes sans rien oublier d'irremplaçable. |
En pratique, les deux se recoupent largement. Le plus simple est de constituer le kit de confinement, et d'y prévoir un sac que l'on saisit avec les documents si l'ordre de partir arrive.
Le kit de confinement
Il répond à une situation précise : rester chez soi, portes et fenêtres fermées, pendant que le front passe, avec une coupure possible de l'électricité et de l'eau.
- De l'eau, en bouteilles, et de quoi remplir baignoire, seaux et récipients dès que l'alerte est donnée. Le réseau peut être coupé ou sa pression fortement réduite pendant l'intervention des secours.
- Une radio à piles ou à manivelle. C'est l'objet le plus négligé et l'un des plus utiles : la radio continue d'émettre quand le réseau mobile sature ou tombe, et les radios de service public relaient les consignes préfectorales. Un téléphone n'est pas une radio.
- Une lampe torche et des piles de rechange. Pas de bougie : on n'ajoute pas une flamme.
- Une batterie externe chargée pour le téléphone, et le chargeur. Le téléphone sert à recevoir FR-Alert et à être joignable, pas à filmer le feu.
- Vos traitements médicaux pour plusieurs jours, avec les ordonnances. C'est le poste qui pose le plus de problèmes en situation réelle.
- Une trousse de premiers secours simple, et de quoi rincer les yeux.
- Des linges à humidifier pour calfeutrer le bas des portes, et de quoi vous protéger le visage lors d'un déplacement bref.
- De la nourriture qui se conserve et ne demande pas de cuisson.
- Un double des clés de la maison et du véhicule.
- Un peu d'espèces : sans électricité, les terminaux de paiement ne fonctionnent pas.
Le sac prêt à partir
Il se prépare une fois et ne sert peut-être jamais. Son intérêt est d'exister avant : personne ne fait une liste rationnelle avec l'odeur de fumée dans le jardin.
Un sac à dos plutôt qu'une valise : il laisse les mains libres, ce qui compte pour tenir un enfant ou ouvrir un portail. Comptez un sac par adulte, et un petit sac pour chaque enfant en âge de le porter.
- Les documents (voir la section suivante) et un peu d'espèces.
- Eau et en-cas pour la journée.
- Traitements, ordonnances, lunettes de rechange, carnet de santé des enfants.
- Téléphone, chargeur, batterie externe.
- Lampe, sifflet - un sifflet s'entend bien plus loin qu'une voix dans le bruit et la fumée.
- Vêtements longs, chaussures fermées, gants de cuir, lunettes (voir plus bas).
- Un nécessaire de toilette minimal et un rouleau de papier toilette.
- Une couverture de survie, légère et sans encombrement.
- Pour les enfants : le doudou, un jeu simple, de quoi les occuper. Ce n'est pas un luxe, c'est ce qui rend supportables des heures d'attente dans un gymnase.
Partez immédiatement et par l'itinéraire indiqué, jamais par le chemin qui vous paraît le plus court. Fermez le gaz et l'électricité, laissez le portail ouvert pour les secours, et signalez votre départ à un voisin ou à la mairie pour qu'on ne vous cherche pas dans les décombres.
Les documents
Le numérique ne suffit pas, et c'est contre-intuitif à l'ère du téléphone. Un réseau saturé, une batterie vide ou un compte en ligne inaccessible suffisent à vous priver de tout. À l'inverse, un papier dans une pochette étanche ne tombe jamais en panne.
- Pièces d'identité de chaque membre du foyer, originaux ou copies lisibles.
- Livret de famille ou copie.
- Carte Vitale et carte de mutuelle.
- Ordonnances en cours, carnet de vaccination.
- Contrat d'assurance habitation avec le numéro de sinistre à appeler.
- Titre de propriété ou bail, ou au minimum leurs références.
- Coordonnées bancaires et un moyen de paiement.
- Une liste de numéros utiles écrite à la main : famille, médecin, assureur, mairie. Personne ne connaît plus les numéros par coeur, et un téléphone hors service les emporte tous.
Doublez le tout par une copie numérique hébergée en ligne, pas seulement sur le téléphone ni sur un disque rangé à la maison. Ces mêmes photographies serviront à prouver ce que vous possédiez si le logement brûle : le sujet est traité dans le guide sur l'assurance habitation.
Les vêtements, et l'erreur du synthétique
C'est le point où l'intuition trompe le plus. Un coupe-vent technique léger semble le vêtement idéal : il est exactement le pire.
Polyester, nylon, polaire et matières techniques fondent sous l'effet de la chaleur et adhèrent à la peau, ce qui aggrave considérablement les brûlures. Le coton et la laine se consument sans fondre. Les services d'incendie recommandent des vêtements longs, en fibres naturelles.
- Pantalon et manches longues en coton, jean, ou laine.
- Chaussures fermées et montantes, semelle épaisse. Ni tongs ni sandales : le sol reste brûlant longtemps et couvert de débris.
- Gants de cuir ou de travail, pour manipuler ce qui est chaud ou coupant.
- Lunettes enveloppantes contre les braises et les escarbilles.
- Un couvre-chef en tissu naturel, et de quoi couvrir la nuque - la zone la plus exposée au rayonnement quand on baisse la tête.
Enfants, personnes âgées, handicap, animaux
Un kit standard ne convient à personne en particulier. Les ajustements ci-dessous font la différence entre un plan qui tient et un plan théorique.
- Nourrissons et jeunes enfants : lait, biberons, eau adaptée, couches, doudou. Prévoyez de quoi identifier l'enfant - une étiquette avec son nom et un numéro de téléphone dans la poche - en cas de séparation dans un lieu de rassemblement.
- Personnes âgées : traitements et ordonnances en double, lunettes, prothèses auditives avec piles, canne ou déambulateur. Vérifiez à l'avance qui vient les chercher si elles vivent seules.
- Personnes en situation de handicap : matériel médical, batteries de fauteuil, notice des dispositifs. Signalez-vous en amont à la mairie : de nombreuses communes tiennent un registre des personnes vulnérables, mobilisé en cas de crise. C'est une démarche à faire hors période de risque.
- Animaux : caisse de transport, laisse, eau, carnet de vaccination, photo de l'animal. Beaucoup de lieux d'accueil ne les acceptent pas : identifiez d'avance une solution. Ne restez jamais pour un animal si l'ordre d'évacuer est donné, et ne revenez pas le chercher.
Ce qui est inutile et alourdit
Un sac trop lourd n'est pas emporté, ou ralentit. Quelques renoncements utiles :
- Les conserves lourdes et la nourriture à cuisiner. Sur quelques heures, des barres et des fruits secs suffisent.
- Les bougies : une flamme de plus, dans un contexte où l'on cherche à en supprimer.
- Le masque en tissu, qui ne filtre pas les particules fines. Un FFP2 a une utilité limitée mais réelle, détaillée dans le guide sur les fumées et la santé.
- Les objets encombrants de valeur sentimentale. Photographiez-les plutôt, et sauvegardez les images ailleurs. Une évacuation n'est pas un déménagement.
- Le matériel de lutte contre le feu. Un extincteur domestique traite un départ dans une poubelle, pas un front de flammes. Ne restez pas pour vous battre.
Où le ranger, et comment l'entretenir
Un kit parfait rangé au fond du garage ne sert à rien. Deux règles suffisent : accessible sans réfléchir , et révisé une fois par an.
- Rangez-le près d'une sortie, à un endroit connu de tous les occupants, adolescents compris. Dites-le à voix haute une fois par an, c'est ce qui fait la différence en pleine nuit.
- Vérifiez chaque printemps : dates de péremption des médicaments et de l'eau, état des piles, charge de la batterie externe, tailles des vêtements des enfants qui grandissent.
- Profitez-en pour mettre à jour les documents : une pièce d'identité expirée dans le sac ne vaut rien.
- Convenez d'un point de rassemblement familial hors du quartier et d'un contact relais habitant loin, que chacun appellera si vous êtes séparés. Les appels locaux saturent avant les appels distants.
Questions fréquentes
Faut-il un sac d'évacuation si la consigne est de rester chez soi ?
Oui, mais en second. Face à un feu de forêt, le scénario le plus fréquent est le confinement dans un bâtiment en dur, et c'est ce kit-là qui sert d'abord : eau, radio, lampe, traitements, linges à humidifier. Le sac prêt à partir n'est utilisé que si les autorités ordonnent l'évacuation, ce qui reste l'exception.
Pourquoi une radio alors que j'ai un téléphone ?
Parce qu'une radio à piles ou à manivelle continue de recevoir quand le réseau mobile sature ou tombe, ce qui arrive précisément pendant une crise. Les radios de service public relaient les consignes préfectorales. Le téléphone reste indispensable pour recevoir FR-Alert et être joignable, mais il ne remplace pas la radio.
Quels vêtements faut-il éviter ?
Toutes les matières synthétiques : polyester, nylon, polaire, vêtements techniques. Elles fondent sous l'effet de la chaleur et adhèrent à la peau, ce qui aggrave considérablement les brûlures. Privilégiez des vêtements longs en coton ou en laine, des chaussures fermées et montantes, des gants de cuir et des lunettes enveloppantes.
Les documents numériques suffisent-ils ?
Non. Un réseau saturé, une batterie vide ou un compte inaccessible suffisent à vous priver de tout, alors qu'un papier dans une pochette étanche ne tombe jamais en panne. L'idéal est d'avoir les deux : les originaux ou copies dans le sac, et une sauvegarde numérique hébergée en ligne, pas seulement sur le téléphone ni sur un disque rangé à la maison.
Que faire de mes animaux ?
Préparez caisse de transport, laisse, eau, carnet de vaccination et une photo de l'animal, et identifiez à l'avance un lieu d'accueil qui les accepte : beaucoup de centres d'hébergement ne le font pas. En revanche, ne restez jamais pour un animal si l'ordre d'évacuer est donné, et ne revenez pas le chercher.
Un extincteur a-t-il sa place dans le kit ?
Un extincteur domestique traite un départ de feu dans une poubelle ou une friteuse, pas un front de flammes de plusieurs mètres. Il est utile dans la maison, il n'a rien à faire dans un sac d'évacuation, et surtout il ne doit jamais servir de prétexte pour rester.
Comment préparer une personne âgée ou handicapée ?
Doublez les traitements et ordonnances, prévoyez lunettes, prothèses auditives avec piles, aides à la marche et matériel médical avec sa notice. Surtout, signalez la personne à la mairie hors période de risque : de nombreuses communes tiennent un registre des personnes vulnérables, mobilisé en cas de crise, et il faut y être inscrit avant.
À quelle fréquence faut-il vérifier le kit ?
Une fois par an, au printemps, avant la saison à risque. Contrôlez les dates de péremption des médicaments et de l'eau, l'état des piles, la charge de la batterie externe, la taille des vêtements des enfants et la validité des pièces d'identité. Rappelez à cette occasion où le kit est rangé : tous les occupants du logement doivent le savoir.
Pour aller plus loin
- gouvernement.fr/risques - se préparer aux risques majeurs, FR-Alert
- service-public.gouv.fr - registre communal des personnes vulnérables
- Que faire quand un feu approche - la doctrine du confinement, expliquée
Cette page a une visée informative. En situation réelle, seules les consignes des autorités et des secours s'appliquent : elles priment sur toute liste préparée à l'avance.